La dyslexie touche environ 5% de la population française, soit plus de 3 millions de personnes qui vivent quotidiennement avec ce trouble spécifique des apprentissages. Officiellement reconnue par l’Organisation Mondiale de la Santé depuis 1991, la dyslexie n’est pas une maladie mais un trouble neurodéveloppemental qui affecte les capacités de lecture et d’écriture. En France, depuis la loi de 2005, elle entre dans le champ du handicap. Nous étudions ici la reconnaissance de la dyslexie par la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées), les démarches pour constituer un dossier, et les aides disponibles pour les personnes concernées.

Comprendre la dyslexie comme trouble neurodéveloppemental

La dyslexie appartient à la famille des troubles “dys”, ces handicaps invisibles qui affectent près de 10% de la population française. Parmi eux, environ la moitié concerne spécifiquement la dyslexie. Ce trouble se caractérise par des difficultés persistantes à reconnaître et reproduire le langage écrit, sans pour autant être associé à une déficience intellectuelle.

Il est essentiel de comprendre que la dyslexie n’est pas une maladie temporaire que l’on peut “guérir”, mais un trouble durable qui accompagne la personne tout au long de sa vie. Avec des stratégies adaptées et des aménagements appropriés, ses effets peuvent être partiellement compensés, permettant de mieux vivre avec ce trouble au quotidien.

Le diagnostic de dyslexie ne peut généralement être posé avec certitude qu’à partir de la fin du CE1, période où l’acquisition de la lecture devrait être suffisamment avancée. Ce diagnostic repose sur une approche pluridisciplinaire impliquant différents professionnels :

  • Médecin (généraliste, pédiatre ou neuropédiatre)
  • Orthophoniste (pour le bilan fondamental)
  • Psychologue
  • Ergothérapeute ou psychomotricien selon les besoins
  • Parfois neuropsychologue ou orthoptiste

La dyslexie s’accompagne fréquemment d’autres troubles dys, comme la dysorthographie (difficulté avec l’orthographe), la dyspraxie (trouble du développement moteur), la dyscalculie (difficulté avec les nombres) ou encore le TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). Ces comorbidités peuvent complexifier le parcours de soins et nécessiter une prise en charge plus globale.

Rappelons que le troublede lecture peut varier considérablement en sévérité d’une personne à l’autre. Certains individus parviendront à développer des stratégies de compensation efficaces, tandis que d’autres rencontreront des difficultés plus marquées nécessitant des aménagements spécifiques et un accompagnement adapté à leurs besoins particuliers.

Démarches pour la reconnaissance du handicap auprès de la MDPH

Pour qu’une dyslexie soit reconnue comme handicap par la MDPH, il faut constituer un dossier solide qui prouve l’impact significatif du trouble sur la vie quotidienne et scolaire de la personne concernée. Nous constatons qu’il n’existe pas de liste officielle des handicaps arrêtée par la MDPH, chaque situation étant évaluée au cas par cas.

Un dossier MDPH complet pour dyslexie doit inclure plusieurs éléments :

Le certificat médical détaillé rempli par un médecin, décrivant précisément les troubles et leurs répercussions fonctionnelles. Les bilans des professionnels de santé (orthophonique, psychologique, etc.) constituent des pièces maîtresses du dossier, apportant des évaluations objectives et des préconisations concrètes.

La MDPH évalue le taux d’incapacité de la personne, qui doit atteindre au moins 50% pour bénéficier de certaines aides comme l’AEEH (Allocation d’Éducation de l’Enfant Handicapé). Pour les taux compris entre 50% et 79%, la durée d’attribution maximale est de 5 ans, avec un minimum de 2 ans.

Documents essentiels Fonction dans le dossier
Certificat médical MDPH Document officiel décrivant le handicap
Bilan orthophonique Évaluation des troubles de lecture/écriture
Compte-rendu scolaire Impact sur les apprentissages
Autres bilans (psychologique, ergothérapique…) Évaluation globale des répercussions

Les délais de traitement des dossiers MDPH sont souvent longs, variant de 4 à 6 mois selon les départements, parfois davantage. Nous recommandons de se faire accompagner par une assistante sociale ou une association spécialisée pour optimiser les chances d’obtenir une décision favorable.

En cas de refus, un recours administratif préalable obligatoire (RAPO) peut être déposé. Si ce recours n’aboutit pas, le demandeur peut envisager un recours contentieux, pour lequel l’aide d’un avocat peut s’avérer précieuse. Les refus sont souvent motivés par un dossier incomplet ou insuffisamment documenté, ou par une évaluation jugeant que les difficultés ne correspondent pas aux critères du handicap.

Dyslexie : Démarches pour la reconnaissance du handicap auprès de la MDPH

Aides et droits après reconnaissance par la MDPH

La reconnaissance de la dyslexie comme handicap par la MDPH ouvre droit à diverses aides et accompagnements. L’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) représente le principal soutien financier, avec un montant de base de 135,13€ par mois (tarif avril 2022).

Cette allocation peut être complétée selon le niveau de handicap et les besoins spécifiques de l’enfant. Six catégories de compléments existent, allant de 101,35€ à 1146,69€, attribués en fonction de plusieurs critères : réduction du temps de travail des parents, frais liés au handicap, besoin d’une tierce personne. Une majoration est possible pour les parents isolés.

Pour bénéficier de l’AEEH, plusieurs conditions doivent être remplies :

L’enfant doit avoir moins de 20 ans et résider en France de manière permanente. Son taux d’incapacité doit être évalué à au moins 50% par la MDPH, et il ne doit pas percevoir de revenus annuels supérieurs à 55% du SMIC.

Au-delà du soutien financier, la reconnaissance MDPH permet d’accéder à des accompagnements pédagogiques essentiels : AESH (accompagnant d’élèves en situation de handicap), matériel adapté comme un ordinateur avec logiciels spécifiques, et mise en place d’un PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation).

Pour les adultes dyslexiques, la RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé) peut être demandée. Elle facilite l’aménagement du poste de travail et l’adaptation des missions professionnelles aux besoins spécifiques de la personne. Des solutions adaptées permettent d’améliorer significativement le quotidien professionnel, comme les logiciels de correction orthographique, de dictée vocale ou de synthèse vocale.

Des alternatives au PPS existent pour les enfants dont le trouble ne justifie pas une reconnaissance de handicap, comme le PAP (Plan d’Accompagnement Personnalisé) ou des aménagements pédagogiques de “droit commun”. Le Livret Parcours Inclusif (LPI) permet également un suivi personnalisé des élèves ayant des besoins particuliers.

Avoir un enfant dyslexique représente un investissement considérable, tant en temps qu’en argent. Les séances d’ergothérapie, de psychomotricité ou de suivi psychologique n’étant généralement pas remboursées par la Sécurité sociale, la reconnaissance MDPH peut permettre de financer une partie de ces frais essentiels pour le développement de l’enfant.

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