Nous constatons aujourd’hui une interrogation récurrente chez les particuliers comme chez les structures collectives : comment structurer au mieux la gestion de ses fonds entre compte courant et compte épargne ? Cette question dépasse le simple choix bancaire, elle touche à l’organisation financière, à la sécurité et à l’optimisation patrimoniale. Depuis l’ordonnance du 30 octobre 2019, certaines structures comme les copropriétés ont vu leur cadre légal se durcir sur ce point. Nous cherchons ici les situations où la séparation des comptes devient nécessaire, recommandée ou simplement judicieuse.
Confusion fréquente entre compte courant et épargne
Nous observons régulièrement que de nombreux ménages utilisent leur compte courant comme une réserve tampon, sans distinction claire avec leur épargne. Cette pratique peut sembler pratique au quotidien, mais elle complique sérieusement le suivi budgétaire et expose l’ensemble des fonds aux risques d’incidents de paiement, de prélèvements non maîtrisés ou de saisies éventuelles.
Le compte courant est conçu pour recevoir les revenus et traiter les dépenses courantes. Il accueille virements, prélèvements, paiements par carte ou chèque. L’épargne, elle, répond à une logique différente : elle est destinée à être préservée, placée sur un support rémunéré et mobilisée uniquement en cas de projet précis ou d’urgence. Confondre ces deux fonctions revient à mélanger flux et stock, ce qui nuit à toute gestion financière personnelle rigoureuse.
Depuis la loi Alur de 2014, certaines situations imposent formellement cette séparation. Les copropriétés, par exemple, doivent détenir au moins deux comptes distincts : l’un pour les charges courantes, l’autre pour le fonds de travaux. Ce dernier doit être placé sur un compte rémunéré, comme un livret A. Le plafond varie selon la taille de la copropriété : 76 500 euros pour les syndicats de 100 lots ou moins, 100 000 euros au-delà. Cette exigence légale traduit une réalité simple : séparer les fonds limite les risques de confusion et garantit une traçabilité claire.
Nous notons aussi que certains professionnels, notamment les auto-entrepreneurs, sont tenus de dédier un compte à leur activité lorsque leur chiffre d’affaires dépasse 10 000 euros durant deux années consécutives, selon l’article 39 de la loi PACTE de 2019. Là encore, l’objectif est de distinguer patrimoine professionnel et personnel. Même sous ce seuil, nous recommandons vivement cette séparation pour simplifier la comptabilité et éviter toute confusion avec les dépenses privées.
Avantages concrets de la séparation
Séparer compte courant et épargne présente plusieurs bénéfices mesurables, que nous constatons régulièrement dans les pratiques de gestion les plus efficaces. Le premier avantage est la visibilité budgétaire. Avec un compte courant dédié aux opérations quotidiennes et un compte épargne isolé, il devient plus facile de suivre les flux réels, d’anticiper les tensions de trésorerie et d’éviter les découverts.
Ensuite, cette organisation protège l’épargne. Un compte séparé limite les risques de dépenses impulsives, de prélèvements automatiques non maîtrisés ou d’incidents bancaires affectant l’ensemble du patrimoine disponible. Nous recommandons d’automatiser les virements mensuels vers l’épargne, dès réception du salaire ou des revenus. Cette discipline transforme l’épargne en priorité, et non en résidu.
Sur le plan fiscal et administratif, la séparation facilite également la justification des mouvements. Pour un auto-entrepreneur, centraliser toutes les transactions professionnelles sur un compte dédié permet de répondre rapidement aux demandes de l’administration ou de la banque. Pour une copropriété, elle garantit la transparence des comptes lors des assemblées générales et réduit les risques de contestation.
Enfin, la rémunération de l’épargne constitue un avantage non négligeable. Un livret A ouvert au nom d’une copropriété génère des intérêts créditeurs qui bénéficient à l’ensemble des copropriétaires, même en cas d’impayés individuels. Ces intérêts peuvent être réinvestis ou répartis selon décision de l’assemblée générale. Pour un particulier, placer son épargne sur un livret d’épargne bancaire, un contrat d’assurance-vie ou un compte à terme permet de faire fructifier les fonds immobilisés.
Organisation recommandée selon les profils
Nous avons identifié plusieurs profils types pour lesquels la séparation prend des formes différentes. Pour un particulier salarié, nous conseillons d’ouvrir au minimum un compte courant et un livret d’épargne. Le compte courant reçoit le salaire, traite les dépenses fixes et courantes. Le livret accueille l’épargne de précaution, idéalement équivalente à trois à six mois de dépenses. Au-delà, d’autres supports comme l’assurance-vie ou le Plan Épargne Logement peuvent être envisagés.
Pour les couples, le compte joint constitue souvent une solution pratique. Il fonctionne selon le principe de solidarité active : chaque cotitulaire peut effectuer des opérations avec sa seule signature. Nous observons d’un autre côté que ce type de compte convient mieux aux dépenses communes qu’à l’épargne personnelle. En cas de séparation ou de divorce, le compte joint ne se clôture pas automatiquement : il faut soit demander sa transformation en compte indivis, soit procéder à la désolidarisation. Cette démarche doit être réalisée par lettre recommandée avec accusé de réception.
Les auto-entrepreneurs doivent, dès le démarrage de leur activité, prévoir un compte dédié distinct de leur compte personnel. Même si la loi impose cette séparation uniquement au-delà de 10 000 euros de chiffre d’affaires annuel durant deux ans, nous recommandons de l’anticiper. Cela facilite la gestion comptable, le suivi des charges sociales et fiscales, et l’obtention d’un crédit professionnel. Toutes les transactions liées à l’activité doivent transiter sur ce compte unique.
Enfin, les copropriétés sont tenues d’appliquer un cadre strict : un compte courant pour les charges courantes, un compte rémunéré pour le fonds de travaux. Le syndic, représentant légal du syndicat, dispose de trois mois après son élection pour ouvrir ces comptes. L’absence de compte séparé peut entraîner la nullité du mandat, avec un délai de prescription de 10 ans. Le décret du 23 mai 2019 impose également de mettre les relevés bancaires à disposition des conseillers syndicaux dans un espace en ligne sécurisé.
Mise en pratique adaptée à chaque situation
Nous conseillons de structurer ses comptes en fonction de ses objectifs et de son statut. Pour un particulier, l’ouverture d’un compte épargne se fait rapidement, sans frais dans la plupart des banques. Il suffit de fournir une pièce d’identité, un justificatif de domicile de moins de trois mois et de signer une convention. Pour un enfant mineur, seuls les parents peuvent ouvrir un livret A, un livret Jeune ou un contrat d’assurance-vie. Si l’enfant a moins de 12 ans, les deux parents doivent signer.
Pour les professionnels, l’ouverture d’un compte bancaire dédié nécessite de présenter l’extrait du Répertoire National des Entreprises et le numéro SIRET. En cas de refus d’ouverture, la Banque de France peut désigner un établissement via le droit au compte. Certaines banques en ligne, comme Qonto, proposent des offres adaptées aux micro-entrepreneurs avec des frais réduits et une gestion simplifiée.
Nous recommandons également d’utiliser le service d’aide à la mobilité bancaire, gratuit depuis 2017. Il permet de transférer automatiquement virements et prélèvements vers un nouveau compte en signant un simple mandat. La banque gestionnaire se charge de tout, y compris de la clôture de l’ancien compte, dans un délai de 22 jours. Ce service évite les oublis et réduit les risques d’incidents de paiement.
Nous insistons sur l’importance de ne jamais clôturer un compte tant qu’un solde débiteur subsiste ou que des opérations sont en cours. Un compte ne peut être fermé qu’avec un solde nul. Les moyens de paiement doivent être restitués ou détruits, et les ordres permanents annulés. La banque dispose de 30 jours maximum pour finaliser la clôture, selon l’article L312-1-1 du Code monétaire et financier.
Enfin, nous rappelons que la séparation des comptes n’exclut pas la possibilité de conserver plusieurs comptes épargne selon les projets : un livret A pour la réserve de précaution, un Plan Épargne Logement pour un achat immobilier, un contrat d’assurance-vie pour la retraite. Cette diversification renforce la sécurité et optimise la fiscalité.















































































