Dans le paysage de l’innovation agricole, une entreprise toulousaine attire particulièrement l’attention pour sa démarche révolutionnaire. Issue des laboratoires de recherche de Toulouse, Micropep Technologies développe une alternative aux pesticides conventionnels grâce à des micropeptides, molécules naturelles capables de réguler l’expression des gènes des plantes. Cette approche novatrice pourrait transformer durablement les pratiques agricoles en proposant des solutions plus respectueuses de l’environnement tout en maintenant l’efficacité nécessaire à la protection des cultures.
Une technologie innovante issue de la recherche toulousaine
Fondée en 2016, Micropep Technologies est née d’une découverte scientifique majeure réalisée en 2012 par deux chercheurs du Laboratoire de Recherche des Sciences Végétales (LRSV) de Toulouse, Jean-Philippe Combier et Dominique Lauressergues. Leurs travaux, publiés dans la prestigieuse revue Nature en 2015, ont mis en lumière l’existence de micropeptides naturels capables de réguler l’expression génétique des plantes.
Ces molécules, composées de 10 à 30 acides aminés, sont spécifiques à chaque espèce végétale et possèdent des fonctions précises. Elles agissent sur les microARNs, éléments essentiels au développement des plantes, influençant ainsi divers processus biologiques comme la fixation de l’azote atmosphérique, la symbiose mycorhizienne ou encore la réponse immunitaire.
L’approche de Micropep a pour particularité son caractère non-OGM. Contrairement aux méthodes qui modifient l’ADN des plantes, cette technologie permet de moduler temporairement l’expression des gènes depuis l’extérieur. Cette spécificité représente un avantage considérable dans le contexte réglementaire actuel, particulièrement en Europe où les modifications génétiques font l’objet d’une surveillance accrue.
Pour identifier les micropeptides les plus prometteurs, l’entreprise toulousaine s’appuie sur l’intelligence artificielle. Cette approche permet de sélectionner avec précision les molécules capables de protéger efficacement les cultures contre les agents pathogènes et les mauvaises herbes résistantes, tout en étant biodégradables dans le sol – un atout environnemental majeur.
Grâce à cette expertise unique, Micropep se positionne comme l’une des dix entreprises mondiales à la pointe de ce secteur émergent, proposant une troisième voie entre pesticides chimiques et biopesticides actuels. Dans un contexte où le positionnement stratégique des innovations devient crucial, cette approche différenciante pourrait s’avérer déterminante.
Accélérer son développement grâce à des financements stratégiques
Le parcours de Micropep Technologies illustre parfaitement la dynamique d’une deeptech en pleine croissance. Après une phase d’incubation au sein de Toulouse White Biotechnology (TWB), structure rattachée au Centre INRAe-Occitanie, la startup a progressivement gagné en autonomie pour développer sa technologie de rupture.
Son expansion s’est appuyée sur plusieurs levées de fonds significatives:
- 4 millions d’euros en 2018, menés par Sofinnova Partners et IRDI Soridec
- 8,5 millions d’euros en 2021, avec Supernova Invest et FMC Ventures
- Un second closing en 2022 portant la Série A à 17,25 millions d’euros grâce au fonds américain Fall Line Capital
Ces investissements successifs témoignent de la confiance accordée par des acteurs majeurs du capital-risque spécialisés dans les biotechnologies agricoles. Ils ont permis à l’entreprise de structurer son développement et d’étoffer ses équipes, qui comptent aujourd’hui 33 collaborateurs aux profils variés: informaticiens, biostatisticiens, spécialistes de l’expérimentation végétale, experts en bioproduction et en biologie moléculaire.
Le recrutement stratégique de talents constitue un pilier essentiel de la croissance de Micropep. Dominique Lauressergues, l’un des deux chercheurs à l’origine de la découverte fondatrice, a rejoint l’entreprise en 2018 pour diriger le département de biologie moléculaire. Cette capacité à attirer des scientifiques de haut niveau dans un environnement de travail stimulant est un point fort indéniable pour l’innovation continue.
| Année | Étape de développement | Financement obtenu |
|---|---|---|
| 2016 | Création de l’entreprise | Incubation TWB |
| 2018 | Premier tour de financement | 4 millions € |
| 2021 | Série A (première partie) | 8,5 millions € |
| 2022 | Série A (closing) | 8,75 millions € supplémentaires |
Du laboratoire toulousain au marché mondial de l’agroécologie
La stratégie de Micropep Technologies pour commercialiser ses innovations révèle une approche pragmatique face aux contraintes réglementaires mondiales. L’entreprise prévoit de lancer ses premiers produits sur le marché américain d’ici 2025-2026, avant d’aborder l’Europe en 2027-2028.
Ce choix s’explique par un cadre réglementaire plus favorable mis à part-Atlantique, où les technologies nouvelles d’origine naturelle présentant des bénéfices environnementaux bénéficient d’un parcours d’homologation simplifié. Donc, aux États-Unis, la durée des procédures est deux fois moins longue qu’en Europe, offrant un avantage stratégique pour accélérer la mise sur le marché.
Pour optimiser sa production, Micropep a développé un procédé de bioproduction innovant en collaboration avec TWB. Cette méthode utilise des bactéries en fermenteurs pour produire les peptides à grande échelle, une alternative plus économique que la synthèse chimique traditionnellement utilisée en cosmétique ou en pharmaceutique mais trop coûteuse pour les applications agricoles.
Les applications visées par la technologie se concentrent sur deux axes principaux: les bioherbicides pour le contrôle des mauvaises herbes et les biofongicides pour lutter contre les pathogènes. L’entreprise toulousaine travaille sur diverses cultures stratégiques, des grandes cultures comme le soja et le blé aux productions à forte valeur ajoutée comme la vigne, les pommes de terre et les tomates.
En 2021, l’installation de Micropep dans ses propres locaux à Auzeville-Castanet marque une étape symbolique vers son indépendance. Cette évolution s’accompagne d’un projet ambitieux de Campus Agro-Biotech sur la région toulousaine, visant à créer un écosystème favorable aux entreprises innovantes du secteur. Dans un contexte où les défis agricoles mondiaux exigent des solutions durables, cette initiative toulousaine pourrait bien représenter l’avenir de la protection des cultures.














































































