Les médias internationaux comme français rivalisent de créativité pour rester à flots. Le secteur journalistique souffre des crises, du manque de support économique et, surtout, d’un mode de consommation en pleine évolution. Acteurs publics comme privés, alors, n’hésitent pas à se tourner vers les aides et les mécènes. La philanthropie est-elle la solution pour permettre aux médias d’intérêt public de subsister ?

Le secteur des médias en pleine évolution

Ce n’est plus une surprise, mais les effets sont toujours retentissants. Les modes de consommation ont changé et les habitudes des individus se sont bien diversifiées. Là où, il y a une dizaine à vingtaine d’années encore, les médias traditionnels demeuraient la source d’information première, cet usage a bien changé. Entre les réseaux sociaux, qui proposent du contenu instantané et qui popularisent l’accès à l’information, et la transition vers le numérique, les nouvelles générations ne consomment plus les médias de la même façon.

La confiance apportée, d’ailleurs, en les médias traditionnels, est loin d’être à une place confortable. Pourtant, le journalisme d’investigation et les médias d’intérêt public conservent une place primordiale dans la société. Le travail de certains professionnels permet, par exemple, de soulever des dossiers brûlants et de les révéler au public. On pense à l’affaire de l’équipe Spotlight du Boston Globe, en 2002, sur la pédophilie cachée au sein de l’église américaine, ou encore au Panama Papers diffusés en 2016.

Au vu de l’importance sociétale que peuvent avoir les médias, leur éthique et leur rigueur est primordial. Il faut, sans aucun doute, que cette confiance du public soit stabilisée et renforcée. Des membres de la Commission sur l’information et la décennie n’ont pas hésité à publier, en juillet 2021, une lettre ouverte tant aux acteurs gouvernementaux que médiatiques. Ils appellent, bien sûr, à réaffirmer la fonction sociale du journalisme et à entériner plus que jamais la pertinence de sa vision.

Seulement, pour qu’un tel journalisme puisse exister, il est également temps d’assumer une aide collective. Les difficultés financières du secteur, en effet, sont gigantesques. Rien qu’en 2020, le média d’information a perdu environ 30 milliards de dollars. Cela, bien que le FMI note que la récession sera moins sévère qu’attendue. Pour redonner au journalisme sa pérennité, ces mêmes acteurs réfléchissent ainsi à un New Deal journalistique. Aides publiques, philanthropie, quelle est la solution ?

Aux Etats-Unis, des médias comptent sur les dons publics

Pour certains, la réponse a rapidement été trouvée. La philanthropie, notamment aux Etats-Unis, a d’ores et déjà sauvé de nombreux médias et assuré leur autonomie. Du moins, une part de celle-ci, les groupes bénéficiant parfois également de soutien gouvernemental. La philanthropie, c’est soutenir une cause par charité, sans attendre quoi que ce soit en retour. Donner de l’argent à son média d’information, alors, c’est lui donner l’opportunité de continuer d’investiguer et de révéler des données d’intérêt public. Dans l’idée, la philanthropie s’applique tout particulièrement aux acteurs à but non-lucratif.

Pourtant, la sévérité des crises et les besoins du secteur ont amené de nombreux médias privés à faire appel aux dons. Aux Etats-Unis, particulièrement, l’idée s’ancre depuis quelque temps. Surtout pour les médias régionaux et ultra-locaux, qui ont souvent plus de difficultés que les grosses structures médiatiques, déjà bien touchées. La direction de l’Association des médias locaux américaine s’est d’ailleurs vite rendue compte que les communautés locales étaient prêtes à soutenir leurs médias, qu’ils soient à profit ou non.

Le journalisme philanthropique, en effet, doit et peut toucher à tous les médias, peu importe leur taille. Demander de l’argent à son lectorat titille encore certains éditeurs ou professionnels. Seulement, cette démarche doit être vue comme s’accompagner de partenaires et collaborateurs qui aident à répondre aux besoins d’information d’une communauté. Pour cela, les demandes de dons sont souvent à intention spécifique. Par exemple, un média régional américain s’est rendu compte qu’une communauté hispanophone et monolingue de son terrain n’avait pas accès à l’information. Grâce à la mise en place de ce journalisme philanthropique, un reporter hispanique est maintenant dédié à ce travail.

Le journalisme d’intérêt public sauvé par son public ?

Avec plus de fonds, qu’ils viennent d’acteurs privés ou de dons du lectorat, le journalisme s’offre ainsi une opportunité. Il peut continuer de s’ancrer dans le quotidien de son territoire et proposer du contenu d’intérêt public. À l’instar de l’exemple du journaliste hispanophone, de nombreux exemples d’amélioration de la couverture locale illustrent l’importance de ces dons de la communauté.

Pour que la philanthropie des donateurs s’accompagne de la défiscalisation d’ordinaire liée aux dons, de nombreux pays ont repensé les systèmes pour certains secteurs, tels que celui du journalisme. C’est le cas, notamment, au Canada où les dons ont augmenté dans la dernière année. Autrement, aux Etats-Unis par exemple, les médias à profit doivent apprendre à collaborer avec des partenaires à but non-lucratif.

C’est toute une dynamique à apprendre et à mettre en place. À terme, toutefois, les effets sont bénéfiques. De nombreux médias, par exemple The Times, ont pu collecter des millions de dollars par ce procédé. Certains ont vu, en l’espace d’un an, les dons des acteurs locaux doubler en nombre. L’envie de la communauté est là. Il ne tient qu’aux acteurs médiatiques de construire des projets d’intérêt qui incitent à soutenir leurs initiatives. Ce sera, peut-être, la seule option pour que le journalisme philanthropique continue d’endosser sa fonction sociale.

En savoir plus : Podaj – journal philanthropique en anglais.

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